BARBARA BUI

 

" l'intensité c'est moins mais plus fort."

POURQUOI LA MODE ? 
Si on remonte à l’origine, pourquoi la mode ? Rien n’était prédestiné : le vêtement est arrivé comme un hasard. J’ai fait des études littéraires, je ressentais inconsciemment l’envie d’écrire ; un désir d’expression, de moi-même mais aussi des autres. A l’époque, dans les années 80, rien ne me plaisait dans la mode, je trouvais les vêtements ou trop « fashion » ou trop « cheap ». Je voulais créer quelque chose de plus personnel, exprimer un point de vue.

Comment avez-vous appris le métier ?
Je n’ai pas fait d’école de mode, je suis complètement autodidacte. J’ai appris en travaillant avec d’autres stylistes et modélistes, en étudiant la technique petit à petit.

Quel parallèle faites-vous entre l’écriture et la création de mode ?
C’est un autre vocabulaire. Ce que j’exprime à travers le vêtement est la même chose que ce que j’aurais voulu exprimer dans des livres.

 

 

 

Dans votre enfance, vous rappelez-vous un élément qui pourrait expliquer votre trajectoire mode ?
Je tiens de ma grand-tante, une femme très cultivée, mon envie d’expression artistique. Elle était atypique, comme d’ailleurs beaucoup de femmes du côté de ma mère qui ont mené des vies particulières pour le début du XXe siècle. Elles m’ont transmis ce goût pour un esprit indépendant. J’ai toujours été guidée par l’idée que les femmes étaient libres de mener leur propre vie, cumuler tous les rôles, cultiver leurs paradoxes.

Ce que l’on retrouve aujourd’hui dans votre mode... 
Dans la façon de s’habiller, une femme peut être volontaire sans être agressive, forte et fragile, féminine et masculine à la fois... J’ai toujours réfléchi à ce que pouvaient apporter les femmes au monde et à son évolution, avec leur force. Cette réflexion n’a pas perdu de son intérêt : la parole des femmes reste un espace à conquérir.

Vous avez des liens avec le Vietnam du côté de votre père ?
Oui, mon père est vietnamien. J’ai fait des voyages pour retrouver la trace de sa famille, qui a fui la guerre. Dans mon travail, on retrouve cette ouverture au monde, à l’autre. C’est important d’exprimer la richesse des métissages surtout dans le contexte actuel de recul de la marche du monde, avec des racismes toujours plus prononcés. L’expression des diverses cultures et le respect de l’autre reste un sujet fondamental.

Comment est née BARBARA BUI ?
J’ai commencé en ouvrant une petite boutique-atelier dans les Halles. Je mettais de plus en plus de moi dans les vêtements que je créais, il était donc naturel que j’incarne la marque et qu’elle porte mon nom.

 

 

J’ai toujours réfléchi à ce que pouvaient apporter les femmes au monde et à son évolution, avec leur force. Cette réflexion n’a pas perdu de son intérêt : la parole des femmes reste un espace à conquérir.

Vous êtes toujours restée proche de vos clientes... 
Contribuer, grâce aux vêtements, à la vie des gens c’est ma plus grande fierté. Aujourd’hui encore je me rends Avenue Montaigne, dans notre flagship, pour voir comment mes pièces sont reçues, ce qu’elles apportent aux femmes : du positif, de la force, du bien-être ou de la cohérence avec elles-mêmes. Le vêtement leur permet d’exprimer librement qui elles sont ; en cela, la mode est tout sauf superficielle. On véhicule une image très réductrice de la mode, on communique sur un monde de spectacle, dans lequel le paraître domine mais, c’est en réalité bien plus que cela.

A quoi ça tient un bon vêtement ?
La coupe et la qualité, c’est la base. On peut se permettre toutes sortes de fantaisie ensuite mais seulement si on respecte cette exigence.

L’inspiration rock des années 70  a toujours été très importante pour vous ?
Oui j’ai toujours aimé prendre le contrepied d’une certaine élégance et pour cela, j’ai travaillé une relecture de l’image populaire rock. J’aime le rock pour sa musique mais ce sont surtout ses personnalités qui m’ont inspirées. Celles qui représentaient une certaine liberté, dans leur musique comme dans leur attitude : les Rolling Stones, Mick Jagger mais aussi sa femme Bianca, d’une élégance folle et naturelle, Leslie Winer ou encore Ziggy Stardust, plus pop. J’ai aussi puisé dans le punk, le rockabilly, ou même avant dans les zazous : toutes les volontés d’expression individuelles et libres me stimulent.

A quoi ça tient un bon vêtement ?
La coupe et la qualité, c’est la base. On peut se permettre toutes sortes de fantaisie ensuite mais seulement si on respecte cette exigence.

Que mettez-vous derrière  cette dégaine qui caractérise votre style ? 
Tout est une question d’attitude. Une femme doit se sentir bien dans ses vêtements, pas déguisée, suffisamment à l’aise pour s’exprimer librement, sans la contrainte d’une pièce trop « fashion ». La personnalité ne doit pas s’effacer derrière le vêtement. Il faut assez de respect pour servir la personnalité de la femme mais cela ne signifie pas tomber dans des choses neutres ou tièdes, il faut trouver l’équilibre. J’aime jouer les paradoxes, favoriser le choc des matières : l’irrévérence du cuir ou du vinyle alliée à la douceur de la soie ou d’une georgette. Mes silhouettes ne sont ni féminines, ni masculines c’est justement le mélange des deux qui donnent cette dégaine. C’est aussi une question de volumes, des proportions volontairement « sharp and cut » ou oversized. C’est mon écriture, elle me ressemble et je lui suis fidèle. 

Quel est le point de départ d’une collection ?
Une émotion. À cela s’ajoute des besoins liés à notre quotidien, là, c’est plus concret. Nous sommes une marque ancrée dans la réalité. Nos garde-robes évoluent en fonction des époques, des sentiments, des modes de vie, c’est cette évolution que je cherche à capturer.

 

 

J’aime jouer les paradoxes, favoriser le choc des matières : l’irrévérence du cuir ou du vinyle alliée à la douceur de la soie ou d’une georgette. Mes silhouettes ne sont ni féminines, ni masculines c’est justement le mélange des deux qui donnent cette dégaine.

 

 

D’ailleurs vous avez l’habitude de dire que vous préférez les évolutions à la révolution... 
Oui, tout à fait. Je ne cherche pas les changements radicaux, les transformations extrêmes. C’est important d’évoluer tout en gardant ses racines. La mode est très versatile, c’est le fameux «  adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré », on peut très facilement se perdre là-dedans.

À quoi ressemble votre gamme chromatique ?
Le noir est omniprésent, je ne peux pas m’en passer. Le noir est beau dans toutes les matières. J’aime les couleurs mais quand je les utilise de manière irrévérencieuse ou audacieuse.

En 2019, l’homme est arrivé comme une évolution naturelle...
On avait déjà le potentiel homme dans nos collections femme : l’homme BARBARA BUI était déjà là, il suffisait de le mettre en valeur. Nous avons aussi un vestiaire partagé dans lequel la femme et l’homme peuvent puiser pour porter exactement les mêmes pièces. Ce partage est toute l’essence de la marque, prendre le meilleur de chacun, sans distinction de genre.

Avez-vous une devise ?
« L’intensité c’est moins mais plus fort » : plus d’exigence, moins d’esbroufe. Il ne faut pas essayer d’en rajouter, il faut parfois épurer pour donner plus de force à la silhouette, sans tomber pour autant dans le minimalisme.